BeeBee et les couleurs perdues
Un matin, BeeBee sortit de la ruche et sâarrĂȘta net.
â OhâŠ
Le jardin avait changé.
Les fleurs nâĂ©taient plus rouges, ni jaunes, ni bleues.
Elles étaient toutes⊠grises.
â OĂč sont passĂ©es les couleurs ? demanda BeeBee, inquiĂšte.
Personne ne répondit.
Les fleurs semblaient fatiguées, comme si quelque chose leur manquait.
BeeBee vola jusquâĂ la marguerite prĂšs de la ruche.
â Nous avons perdu nos couleurs, soupira-t-elle. Le jardin est devenu trop triste.
BeeBee sentit une petite boule dans son ventre.
â Alors je vais les retrouver.
Elle partit Ă travers le jardin, puis au-delĂ de la colline.
Elle chercha sous les feuilles, derriĂšre les pierres, prĂšs du ruisseau.
Rien.
JusquâĂ ce quâelle entende un lĂ©ger sanglot.
Sous un vieux buisson se cachaient les couleurs.
Le rouge, le bleu, le jaune⊠toutes recroquevillées.
â Pourquoi ĂȘtes-vous lĂ ? demanda BeeBee.
â Personne ne riait plus, rĂ©pondit le jaune.
â Personne ne chantait, ajouta le bleu.
â On ne se sentait plus utiles, murmura le rouge.
BeeBee réfléchit un instant.
Puis elle sourit.
Elle vola haut dans le ciel et se mit Ă danser.
Elle bourdonna une chanson joyeuse, parla des lucioles, de Mamie Rose, du jardin secret.
Les couleurs relevĂšrent la tĂȘte.
â Tu crois quâon peut revenir ? demandĂšrent-elles.
â Bien sĂ»r, rĂ©pondit BeeBee. Le jardin a besoin de vous.
Les couleurs sâenvolĂšrent avec elle.
DĂšs quâelles touchĂšrent les fleurs, le rouge revint, puis le bleu, puis le jaune.
Le jardin sâillumina comme par magie.
Les fleurs souriaient Ă nouveau.
BeeBee se posa, heureuse.
Elle avait compris une chose essentielle :
les couleurs ne disparaissent jamais vraimentâŠ
elles attendent quâon leur redonne un peu de joie.